POUR/CONTRE – Sandrine Bouglione : « Détenir un animal pour le divertissement nous posait problème »

2/2 – Issue de l’une des plus grandes familles de dompteurs, Sandrine Bouglione a déjà fait le choix avec son mari de ne plus mettre en scène d’animaux lors de leurs représentations et de créer un nouveau cirque engagé : l’Ecocirque. Rencontre avec celle qui n’a pas peur de faire évoluer le cirque.

« On n’avait plus envie d’être des gardiens de prison qui conditionnent un animal.» Lorsque nous contactons Sandrine Bouglione afin de l’interviewer sur le projet de loi pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques itinérants proposé par la ministre de la Transition écologique, cette dernière accepte tout de suite. Nous avons rendez-vous le lendemain dans ses bureaux dans le XIIe arrondissement de Paris. Son engagement, la mise en place de son nouveau spectacle et les nombreuses interviews qu’elle donne demandent en effet énormément d’organisation. Blonde, vêtue de noir, souriante, Sandrine Bouglione accepte de répondre à toutes nos questions.

Un nouveau projet unique  

Ancienne dompteuse, issue de la famille Suskov et mariée à André-Joseph Bouglione (petit-fils du célèbre Joseph Bouglion) , Sandrine est aujourd’hui avec son mari, après des décennies de cirque classique, à l’origine d’un nouveaux projet « 100%. Humain », appelé l’Écocirque. « On a arrêté de présenter animaux domestiques et sauvages », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « En tant qu’anciens dompteurs tous les deux, on ne voyait pas la différence entre animal sauvage et domestique, on était vraiment contre l’exploitation animal et détenir un animal pour le divertissement nous posait problème. »

Les animaux seront néanmoins représentés dans ce nouveau projet, mais sous forme d’hologrammes, une avancée technologique qui n’avait jusqu’à présent jamais été utilisée dans les cirques. L’objectif étant de continuer à plaire aux enfants mais aussi de « les sensibiliser à l’écologie ». En effet, Sandrine affirme être engagée par  ses actions tout en souhaitant toucher un vaste public. « On veut garder ce côté magique, paillettes et strass, on ne veut pas du tout faire la morale mais réaliser un événement familiale populaire », explique-t-elle.

Affiche du nouveau spectacle mis en place par Sandrine et son mari André-Joseph Bouglione

L’Ecocirque a aussi mis en place de nombreux moyens écologiques témoignants de l’engagement de ses créateurs. Les conteneurs maritimes utilisés pour les transports rendent en effet l’empreinte carbone du cirque très basse. Puis, « il s’agit également du seul spectacle en France ou les lumières seront issues d’énergies renouvelables avec zéro émission de gaz à effet de serre », explique fièrement Sandrine.

Aucun regrets 

Lorsqu’on la questionne sur son passé de dompteuse et son enfance vécue avec les animaux, celle-ci n’éprouve pas de remords. « Je ne regrette en rien toutes ces années passées à côtoyer des animaux je suis née dedans, j’ai été écuyère dompteuse, je faisais des grand écarts de tête à tête à éléphants… c’était vraiment une vie magique qu’on ne pourrait plus vivre aujourd’hui. »

C’était pour elle la normalité. Un quotidien d’ « enfant de la balle » ou elle apprenait à marcher sur des tigres ou à avoir un éléphant comme animal de compagnie dès son plus jeune âge. Mais il s’agissait là d’un certain conditionnement, reconnaît-elle. C’est seulement en grandissant qu’une prise de conscience a eu lieu. 

Changement de cap  

Cette dernière, qui à l’origine, même si elle était dompteuse, était contre la corrida et la chasse, a commencé à réellement se poser des questions lorsque certains de ses animaux sont morts de vieillesse.

« On n’avait plus envie d’être des gardiens de prison »

Sandrine bouglione

« On est arrivé à un moment donné de notre vie où on a pris conscience que ce qu’on avait vécu était quand même assez extraordinaire », se remémore l’ancienne dresseuse. Puis des questionnements sont nés. Sandrine avait vu naître ses animaux en captivité et avait l’impression de leur avoir proposer que cette issue.

« La question était : est ce qu’on a augmenté un bien être ou un mal-être, ou diminué un mal-être ? », se demande-t-elle encore aujourd’hui. Aussi, l’idée de la transmission de son savoir-faire à  ses enfants la dérangeait : « Je me disais que j’allais devoir en reprendre pour 20 ans », explique-t-elle, or ce n’était plus possible. « On n’avait plus envie d’être des gardiens de prison qui conditionnent un animal », confie-t-elle.

Une volonté de réformer le cirque  

Sandrine souhaite donc désormais ne plus travailler avec les animaux, mais pour eux, « en sensibilisant et en faisant en sorte qu’ils restent sur notre planète le plus longtemps possible. »

 

« Le problème aujourd’hui c’est qu’on fait du cirque pour plaire aux gens du cirque »

Sandrine Bouglione

Cette dernière est persuadée que, si le cirque traditionnel ne se réforme pas, il va droit à sa perte. L’actuel projet de loi interdisant les animaux sauvages dans les cirques itinérants est donc pour elle un grand pas vers l’avenir. Le monde du cirque traverse actuellement une grande crise et « on ne peut plus être des artistes comme nous l’étions dans le passé.», affirme-t-elle. De toutes façons « les enfants ne veulent plus voir des animaux qui tournent en rond dans une cage sur un parking de supermarché. » 

Un changement qui n’a pas du tout été soutenu par le monde circassien, mais ce n’est pas grave, cela n’atteint pas cette femme engagée, que rien ne fera changer d’avis. « Le problème aujourd’hui c’est qu’on fait du cirque pour plaire aux gens du cirque, c’est obsolète, moi je fais du cirque pour plaire au public », explique-t-elle.

L’Ecocirque et ses artistes
Affiche du cirque Barnum qui fut créé en 1871 et qui se présentait comme étant  « le plus grand spectacle au monde »

Si son premier contrat était signé avec le cirque Barnum dès ses neuf ans, aujourd’hui Sandrine ne fera plus de numéro, son seul objectif étant de moderniser le cirque traditionnel pour continuer à faire rêver son public à travers l’Écocirque.

Revoir l’entretien avec Sandrine Bouglione

Aurore Savarit-Lebrère

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